D’Outre-Tombe EP.01 – Jean-Nicolas Trouille


Pour ce premier épisode D’Outre-Tombe, Anaël et Tommy partent à la découverte de la vie de Jean-Nicolas Trouille, architecte de la poudrière de l’île des Morts et de la prison de Pontaniou.

Notre invité est Franck Jaclin, porteur du projet de reconversion de la maison d’arrêt sélectionné par Brest Métropole Pontaniou : une ouverture sur la ville.

Pour que toutes et tous puissent profiter de l’émission, vous retrouverez ci-dessous le replay en podcast et sa retranscription.

Anaël Durand : Pour ce mois où la nuit dévore un peu plus le jour, où les esprits de Samhain n’ont pas encore été chassés par Maria Carey, Tommy et moi on a voulu aller faire un peu d’urbex. Parce que pas loin du studio il y a la prison de Pontaniou qui fout un peu la trouille.
Tommy Kajl : Et puis on nous a parlé de l’île des morts. Alors là, ça sentait carrément le cimetière hanté. On s’est dit que c’était parfait pour la saison.
AD : Sauf qu’on s’est pris un gros stop. C’est un terrain militaire et ça fait partie du cordon autour de l’île longue.
TK : Du coup, ça nous a quand même laissé sur notre faim. Mais on a décidé d’aller creuser un peu… Pas le cimetière, hein, son histoire !
AD : À la base, au XVIIe siècle, cette petite île de la baie de Roscanvel c’est la zone de quarantaine du port de Brest. Dès qu’on suspectait un bateau de transporter des marins malades, on l’envoyait mouiller là-bas pour attendre que l’épidémie se résorbe ou que l’équipage soit décimé.
TK : Bref, au XVIIIe siècle, on construit un lazaret sur l’île voisine et notre îlot devient son cimetière. On l’appelle alors l’île des Morts. Un lazaret, c’est un peu les hôpitaux publics sans financement. Des gens entassés dans des couloirs, sans soins vraiment efficaces. Et en gros, on envoie les malades y mourir pour ne pas contaminer le reste de la ville.
AD : Et l’île prend une dimension militaire quand on y construit une poudrière. Et vous ne devinerez jamais comment s’appelle l’architecte. Jean Nicolas Trouille. Non non, ce n’est pas une blague, le gars s’appelle Trouille.
TK : Bon, tant pis pour l’urbex et bonjour les archives, il fallait vraiment qu’on en sache plus.

François-Louis Colin de Blamont : Cantate de Didon, 1730

Soprano: Jennifer Smith, Les Musiciens Du Louvre, Dir. Marc Minkowski

TK : Versailles, 1752. Tout ici porte l’empreinte de la royauté. Les rues bien droites sont pavées au frais du roi, chaque maison respecte un urbanisme très strict avec ses pierres blanches et ses toits mansardés. La ville, qui comptait 1000 habitants un siècle plus tôt, abrite désormais plus de 37 000 âmes. Et une nouvelle vient de naître.
À l’ombre de la paroisse Saint-Louis, le père de Jean-Nicolas Trouille, Jean, s’affaire à son échoppe de cordonniers, participant à l’effervescence de cette nouvelle capitale qui vient concurrencer Paris. Si la famille s’y est installée, elle n’en est pas originaire. Non, ce trou perdu en marge d’un domaine de chasse royal n’avait pas beaucoup d’attrait avant l’arrivée du Roi Soleil. Jean est né à Sentelie, dans la Somme, à deux jours de coche ou de carrosse. Descendant de protestants, l’arrière-grand-père s’est converti pour éviter les terribles persécutions qui suivent la révocation de l’édit de Nantes en 1685.
AD : Ça, c’est ce que dit la légende. Une des rares biographies actuelles disponibles sur Trouille, c’est le site de l’association de la prison de Pontaniou. On y apprend que le père, Jean, aurait été élevé par l’arrière-grand-père, car François, le grand-père de Jean-Nicolas, serait mort pendant la bataille de Denain de 1712. C’est pendant la guerre de succession d’Espagne, pour ceux à qui ça parle.
TK : Alors là, je t’arrête, justement. Parce que si on se plonge un petit peu dans les archives, on constate qu’elles disent le contraire. Si on regarde de près les actes de catholicité de la commune de Sentelie, on voit que Jean, le père, est né en 1715. Ce n’est donc pas possible que le grand-père François soit mort trois ans avant la naissance de son fils. On ne savait pas encore congeler les gamètes à l’époque.
En plus de ça, quand on va chercher dans les actes de sépulture, on constate que François, le grand-père donc, est mort en 1760. Il n’était pas soldat. L’acte, qui est assez riche, précise que c’était un ancien berger. Alors, ces archives, elles nous permettent aussi de découvrir d’autres éléments. On voit qu’il y a régulièrement dans cette famille, chez les Troüille – parce qu’il y a un tréma sur le ü – une ascension sociale de la famille par leur mariage avec les femmes. L’épouse de François, c’est une fille de cordonnier. Et c’est pas seulement une fille de cordonnier, sa propre mère à elle, est de petite noblesse. D’ailleurs, on le voit dans son nom. Madame s’appelle Calixte de Monsures.
AD : Oui, il n’y a pas trop de doute. Un autre truc qu’on pouvait lire, c’est que Jean aurait été spolié de son héritage et ruiné suite à un procès en 1758, ce qui aurait expliqué qu’il devienne Cordonnier.
TK : Sauf que là, à nouveau, les archives racontent autre chose. A Versailles, en 1745, on trouve le mariage de Jean avec Marie-Marguerite Dupont, une orpheline de père, domestique de 25 ans. Les deux témoins du marié et les deux témoins de la mariée sont tous des cordonniers. La famille est déjà bien intégrée dans une corporation de cordonniers.


AD : Bon, ok, il est cordonnier. Sauf que la cordonnerie sous Louis XV, c’est loin d’être facile. Déjà, c’est mal payé et le compagnon cordonnier est soumis à des contraintes importantes. Ça, on le sait grâce à une source assez intéressante qui est le Recueil des arrêts du Parlement et des déclarations du Roi pour la Communauté des Cordonniers de Paris, qui date de 1762 et qui est conservé à la BNF.
On y trouve des rappels de textes qui existent depuis le XVIe siècle – 1555 – et on découvre qu’un compagnon qui est absent de son atelier pendant trois jours risque l’arrestation et l’emprisonnement, carrément. On a l’interdiction pour les maîtres cordonniers de payer plus haut le travail de leurs compagnons que le prix qui est fixé par les jurés, les chefs des corporations. Et il y a l’interdiction pour les compagnons de négocier leur travail sous peine d’amende. Et une interdiction, toujours pour les compagnons, de s’attrouper à plus de trois sous peine de prison. Et en plus de ça, ils sont soumis à un contrôle par livret qui liste tous leurs déplacements. Donc, c’est en fait pas beaucoup de libertés.
Il faut se rappeler que l’Ancien Régime, c’est un monde qui est très segmenté. Dans la corporation des cordonniers, on a les cordonniers pour hommes, les cordonniers pour femmes, les cordonniers pour enfants, les bottiers et les savetiers. Et aucun n’a le droit d’empiéter sur le travail des autres. Donc même si c’est un cadre qui est très rigide, ça assure quand même un environnement social qui permet à Jean-Nicolas Trouille d’apprendre le dessin, et on va voir pourquoi c’est important.

François-Louis Colin de Blamont : Cantate de Circé, 1725
Air « Dans Les Champs Que L’Hiver Désole »

Mezzo-soprano : Mélodie Ruvio, ensemble Les Ombres, Margaux Blanchard

Dans les champs que l’hiver désole,
Flore vient rétablir sa cour ;
L’Alcyon fuit devant Éole ;
Éole le fuit à son tour ;
Mais sitôt que l’Amour s’envole,
Il ne connaît plus de retour.

AD : Parce que notre bon monsieur Trouille, vous vous en doutez, il n’est pas né architecte, l’équerre entre les dents. Il a même un début de vie professionnel qui est plutôt éclectique pour l’époque. Toujours selon le site de l’association de la prison de Pontaniou, on apprend qu’il aurait été tailleur en 1768 avant de devenir militaire. Donc c’est vraiment marrant de voir qu’il ne s’inscrit pas dans la continuité familiale de la cordonnerie. Il rejoint le régiment de cavalerie de Noailles de 1770 à 1775. Ce qui veut dire qu’il passe cinq ans dans les gardes des corps du roi, qui sont des Dragons, c’est-à-dire des unités mixtes entre cavalerie et infanterie.
TK : Alors ça, c’est marrant. Si tu me permets un petit fun fact, surtout quand on connaît l’histoire d’origine protestante de la famille… les Dragons, c’est eux qui servaient à faire les conversions soi-disant pacifiques de protestants, sous Louis XIV, en logeant directement chez l’habitant. D’ailleurs, c’est ce qui a donné le mot dragonnade. Mais du coup, tu nous parlais d’un changement de voie professionnelle, de s’engager dans l’armée. C’était quoi les raisons à l’époque ?
AD : L’attrait pour l’uniforme, je n’en sais rien. Il faut imaginer un tricorne noir sur une perruque poudrée blanche, avec un bel habit bleu à revers rouge, sur un pantalon moulant et un petit gilet beige, une écharpe blanche sur l’épaule, des grandes bottes noires et un sabre à ceinture. Ah oui. Et surtout, alors surtout, la moustache.
TK : Alors tu rigoles, mais en vrai, le passage dans l’armée, c’est quelque chose qui nous informe concrètement sur le physique de Jean-Nicolas. Et ça, on le sait grâce à plein de documents d’époque, notamment les notes d’inspection du marquis de Fénelon, qui datent de 1765. Pour entrer dans l’armée, il fallait mesurer au moins 5 pieds et 5 pouces.
AD : Donc c’est quoi, c’est 1m75, 76 ?
TK : Oui c’est ça, exactement. En plus de ça dans la cavalerie, l’aspect physique, l’aspect extérieur, c’est vraiment important. Ils cherchent des gens grands, des gens bien bâtis. On peut même se faire réformer pour cause de vilaines figures.
AD : Ah oui, d’accord, délit de sale gueule.
TK : C’est ça. Mais alors, si on va creuser un peu plus loin, les vraies raisons pour rejoindre les corps militaires, c’est plutôt la liberté. On est à une époque où les armées françaises ne sont pas engagées dans des gros conflits. On est après la guerre de Sept Ans qui s’est terminée en 1763. Et la cavalerie et les Dragons, ils servaient surtout à l’entretien des ouvrages, du génie civil, les routes, les ponts, tout ça. Et leur matériel, il était fourni par le capitaine de la compagnie. C’était lui le propriétaire des équipements, des armes, des chevaux, etc. Donc lui qui payait toutes les dépenses.
AD : Enfin, il les refacture au Roi ensuite, quoi.
TK : Oui, mais le soldat n’avait pas à les payer personnellement. D’autant plus qu’ils n’étaient quand même pas forcément tous à cheval non plus. Par contre, ils étaient tous nourris. Ils étaient logés dans les bourgs, en groupe de 2 à 15 personnes.
AD : Ah d’accord, il fallait partager son lit.
TK : Oui, complètement. Et puis bon, on n’était pas toujours en uniforme. On était plutôt bien payés, jusqu’à 660 livres à l’embauche.
AD : Ok, donc pour vous donner un ordre d’idée, un cheval à l’époque, c’est à peu près 300 livres. On peut supposer en plus qu’il y avait une volonté d’élévation sociale avec l’armée. Au XVIIIe siècle, c’est un domaine qui est dominé par l’aristocratie. Il n’y a que les nobles qui peuvent accéder aux formations d’école d’officier. Mais ça reste un lieu de relative mixité sociale. Donc ça permet de rencontrer du monde, étoffer un réseau. Et dans le cas de Jean-Nicolas Trouille spécifiquement, ça lui permet aussi de rester proche de sa famille et du coup, des plaisirs de la cour.


TK : Alors, à propos de plaisirs de la cour, je ne sais pas si tu connais l’anecdote du duel à Versailles?
AD : Non, vas-y.
TK : Alors, celle-là, on la doit à Prosper Levot, qui a été conservateur de la bibliothèque du port de Brest, et ça, pendant plus de 50 ans au XIXe siècle. Il a écrit un ouvrage assez intéressant qui s’appelle Essais de biographie maritime ou Notices sur des hommes distingués. Le seul souci, c’est que ça mêle un petit peu des éléments sourcés et des exploits romancés. Donc, c’est difficile de séparer la partie « wiki » et la partie « fanfic ». Mais il nous raconte que le 22 juillet 1775, Jean-Nicolas Trouille aurait fait un duel contre un de ses camarades suite à une beuverie, directement sur les marches du château de Versailles. Et les deux se seraient blessés.
AD : Attends, je t’arrête. Puisque là, moi, je vois déjà deux gros problèmes. Pour l’époque, les duels, c’est strictement interdit. Et en plus, c’est fait sur le parvis d’une résidence royale, parce que c’est assimilable à un crime de lèse-majesté. La pratique du duel au XVIIIe siècle, c’est quelque chose de très sérieux. Le duel, c’est vraiment fait pour venger un honneur blessé par le sang. Et en plus de ça, tu as l’idée de justice divine. Le vainqueur, ce serait un peu le favori de Dieu et donc, sa colère et sa revendication seraient justes.
TK : Mais du coup, concrètement, ça se passe comment ?
AD : En gros, tu as un défi préliminaire, soit l’espèce de gifle théâtrale, le gant à jeter, l’adresse directe, soit juste interpeller ton opposant. Et parfois, ça se fait de manière très courtoise, avec un petit billet écrit, une lettre envoyée. On provoque l’adversaire en donnant un lieu de rendez-vous. Donc souvent, ce sont des endroits qui sont en marge de la ville ou dans les zones hors de la juridiction royale, tu t’en doutes, parce que ça permet d’échapper à la Maréchaussée.
TK : Donc, on est d’accord que le faire sur les marches du château de Versailles, c’était clairement pas très malin.
AD : Non, non, c’est clairement une idée de merde. Il y a quelques règles qui sont assez communes à tous les duels et qui sont entendues par tous les participants. C’est pas d’armure. On va privilégier plutôt les rapières ou les dagues pour limiter les blessures et surtout ne pas défigurer. On l’a vu, c’était hautement important. Et il y a la présence de seconds, c’est des espèces de témoins arbitres qui finissent souvent par se battre entre eux. C’est un très, très gros engouement pour les duels au XVIIe siècle, avec des milliers de personnes qui en meurent. Sauf qu’on l’a dit, c’est interdit ! Le duel judiciaire, c’est interdit depuis 1613. En 1626, Richelieu prévoit la peine de mort en cas de décès d’un des participants.
TK : Attends, donc si tu survis, tu meurs ? Mauvais plan, quoi…
AD : Mais il y en a un qui va vraiment être un point de bascule, c’est l’édit de février 1723 promulgué par Louis XV. Donc déjà, ça confirme la peine de mort pour tous les duellistes. Mais ça a aussi l’effet d’étendre la peine de mort à toute personne qui ne dénonce pas un duel dont elle aurait connaissance. En plus de ça, ça prévoit un an de prison ferme pour toute personne qui serait réputée avoir fait un duel. Bref, ça déconne vraiment pas.
TK : Et clairement, cette menace de peine de mort à cause d’un duel, c’est suffisant pour expliquer finalement sa fuite vers la Bretagne.
AD : Donc il craint pour sa vie et accessoirement pour sa position sociale.


TK : Alors, c’est toujours selon Prosper Levot, c’est lui qui nous raconte qu’il part en 1775 et qu’il se réfugie dans le couvent de la Trappe en Normandie. Ça reste que des sources secondaires, c’est à prendre avec des pincettes. Il faut imaginer en plus qu’une abbaye trappiste, c’est clairement pas le fun de Versailles. Là-bas est en place la règle cistercienne qui prône l’austérité, le travail manuel, le silence, la mortification… et quand on dit mortification, on dit pratique de la souffrance physique.
AD : Genre auto-flagellation?
TK : Très exactement, l’auto-flagellation. Et Trouille serait ensuite parti pour Vendôme, dans le Loir-et-Cher. C’est là qu’il aurait été initié à la franc-maçonnerie. Il poursuit sa fuite vers un couvent à Blois, chez les Jacobins, les Cordeliers, les Capucins…
AD : Ouais, on ne sait pas, quoi.
TK : On ne sait pas, toujours selon Levot. Et c’est là d’ailleurs qu’il aurait réalisé ses premiers projets d’architecture, en remerciement de la protection des religieux, avec quelque chose qu’on appelle une élévation de façade.
AD :Laisse-moi deviner. Pas de traces dans les archives.
TK : Pas de traces dans les archives. Même si à ce stade, son affaire de duel commence probablement à se tasser un petit peu, il a quand même été chassé de son régiment.
AD : Bon, ça ne l’empêche pas de s’installer en Bretagne et il finit même par se marier en 1781.
TK : Ouais, alors là, accrochez-vous, imaginez-vous quand même que M. Trouille épouse Mme Soucy. Non, c’est pas une blague. Julienne Soucy, dans l’acte de mariage, elle est dite « fille de noble homme ». On sait que c’est un marchand à Rennes, et d’une « demoiselle ». On retrouve donc là, en fait, le principe d’élévation sociale de la famille par les femmes grâce au mariage, comme on l’avait vu dans les générations précédentes.
AD : Dans l’acte de mariage, il est indiqué qu’il y a une dispense de l’évêque du Léon pour la seconde et la troisième publication des bons, ça veut dire quoi exactement ?
TK : Ça, ça veut dire qu’ils ont réduit la durée de publicité, de communication publique avant le mariage. Alors, soit pour des questions de délai. Soit parfois, ce sont des choses qui arrivent, quand l’union a été consommée un petit peu trop tôt avant le mariage. Mais là, on sait a priori que ce n’est pas leur cas, puisque leur première fille va naître six ans plus tard. Ou alors, tout simplement pour limiter la diffusion de la nouvelle de l’union, ce qui peut peut-être s’expliquer par l’interdiction de mariage des condamnés à mort.
AD : Il a l’air de plutôt bien se marier quand même.
TK : Alors ça, ça va dépendre de ce qu’on appelle un « bon mariage ».
AD : À l’époque, le mariage, ce n’est pas une histoire de cœur. Plus ton rang social est élevé, plus tu as des enjeux de pouvoir qui sont liés à ton mariage. Et du coup, plus tu vas avoir des contraintes fortes dans le choix des conjoints. Et donc, ce que j’entends par bien se marier, c’est dans cette société et dans ces valeurs-là, maintenir son rang et de préférence même se marier au-dessus. On est dans un principe de reproduction sociale des élites pour asseoir son emprise et sa place dans la société.

Rounhaa : TOTENINSEL, 2024

Les yeux rouges dans le noir
Comme les feux rouges qui s’additionnent dans le soir
Je sais t’as besoin de quoi
Que j’t’aime encore, que je missionne pour te voir

Bébé, viens on tombe loin d’ces gens immondes
Viens on s’en fout d’la manière dont fonctionne ce monde
Juste avant que ça gronde, que le malheur se montre
J’t’en voudrais pour toujours si t’affectionnеs ces monstres

J’suis dans l’vide, j’ai plus d’ailеs
J’suis parti, y a plus qu’elle
Devant l’miroir elle demande c’est qui la plus belle ?
J’suis seul dans la ruelle avec mes remords annuels
S’il te plaît, m’tue pas du regard, la vie est déjà cruelle
Mh, j’remplis la corbeille de photos
J’traîne plus avec les potos
Cette chance t’en auras qu’une, autant nous jouer au loto
J’suis d’vant des restes de la veille
J’grille des feux sur la moto
J’pense à nous chaque seconde, si j’te l’dis ce sera trop tôt

Bébé, viens on tombe loin d’ces gens immondes
Viens, on s’en fout d’la manière dont fonctionne ce monde
Juste avant que ça gronde, que le malheur se montre
J’t’en voudrais pour toujours si t’affectionnes ces monstres

J’fais les choses de toutes les manières à part bien
J’ai les yeux d’ma mère, le reste t’appartient
Bébé, zoom pas, j’suis moche comme un acarien
Je veux qu’tu me donnes tout, tout à part rien
(Yeah yeah)
Ça m’avait d’jà manqué, le soleil tape le matin
J’ai pris sur moi, j’ai tanké
Elle me suit comme le lapin
Elle m’enferme dans ses câlins
J’prends une peine de prison
Elle prend, elle dit pas « danke »
Pense à moi, j’ai des frissons

Bébé, viens on tombe loin d’ces gens immondes
Viens, on s’en fout d’la manière dont fonctionne ce monde
Juste avant que ça gronde, que le malheur se montre
J’t’en voudrais pour toujours si t’affectionnes ces monstres

TK : Si Jean-Nicolas Trouille a fait un si bon mariage, c’est qu’en fait, sa situation professionnelle le lui permettait. Il est arrivé à Brest en 1776, et dès le mois de mai, il a été recruté dans le régiment d’artillerie de marine dirigé par le chevalier de Fautras, qui est un capitaine de vaisseau. Toujours Prosper Levot nous raconte que Fautras aurait repéré les talents de dessin de Trouille et aurait soutenu sa carrière. Là, par contre, on a enfin une source directe, dans un courrier de janvier 1779. C’est le ministre de la Marine, Antoine Sartine, qui demande personnellement à Fautras de donner congé à Jean-Nicolas pour qu’il quitte son régiment et devienne dessinateur de plans pour le port de Brest.
Ça, il faut savoir que ça veut dire pour Jean-Nicolas un salaire annuel d’environ 1 200 livres.
AD : C’est environ 13 500 euros aujourd’hui.
TK : Et cinq mois plus tard, il est affecté par le directeur des travaux du port de Brest, Antoine Choquet de Lindu, à son service. Jean-Nicolas a obtenu une situation suffisamment stable pour pouvoir se marier et fonder une famille. En fait, toute cette situation lui offre un statut de notable de la ville. D’ailleurs, il habite côté Brest, rue de Siam, même s’il travaille quasiment exclusivement à Recouvrance. Trois ans après son mariage, il devient chef dessinateur en juillet 1784 et en 1791, il est nommé directeur des travaux maritimes de Brest. En gros, en 15 ans, il a atteint le sommet de sa carrière d’architecte.
C’est aussi le moment qui voit la naissance de ses premiers enfants, deux filles, l’une en 1787, la suivante en 1789. Et cette seconde fille, Joséphine Théodore Marie, va épouser en 1815 Benjamin Le Prédour de Kerambriec. C’est un contrôleur de la Marine et il est le fils d’un avocat au Parlement de Bretagne qui a été exécuté pendant la Révolution. Alors, cette volonté de s’associer non seulement au monde de la Marine, mais aussi à l’ancienne noblesse, c’est particulièrement significatif, surtout en 1815. C’est l’année de la chute de l’Empire et du retour de la monarchie sous la Restauration. On retrouve en fait cette dynamique d’ascension sociale par les unions matrimoniales qu’il y a dans la famille au moins depuis quatre générations.


AD : Une autre chose qu’il faut comprendre, c’est que les ports, les ouvrages militaires de manière générale à cette époque, ce sont des reflets de la puissance royale française. Surtout dans un contexte de rivalité avec l’Angleterre et de concurrence pour la maîtrise des territoires d’outre-mer. Les dessinateurs de Marine, ils contribuent à la glorification du Roi, d’abord par la représentation des ouvrages militaires. On va avoir des dessins, des gravures, des tableaux, mais aussi par des ouvrages d’ingénierie civile et militaire. Ils vont dresser des plans et faire des projets pour la modernisation de ces ports.
Un autre élément à souligner, c’est que la Marine a été un peu délaissée sous Louis XV et on s’est pris des grosses défaites pendant la guerre de sept ans. Louis XVI et le ministre Sartine, dont on a parlé un peu plus tôt, vont faire de gros efforts pour moderniser ces infrastructures, ce qui va passer par la création de fortifications, repenser les structures du port, cartographier la côte. Et Jean-Nicolas Trouille, il intervient dans ce contexte. Après, on ne peut pas dire qu’il reste grand-chose de ses efforts. On va avoir à la tour Tanguy une gravure d’un de ses dessins qu’il a réalisé en 1780 pour un mausolée à l’église Saint-Louis de Brest.
TK : Au moins, ça permet de se faire une idée parce que le bâtiment a été complètement détruit pendant la Révolution.
AD : Mais il reste une plaque de marbre noir, m’a-t-on dit, encore visible à l’emplacement du mausolée. Après la Révolution, en 1807-1809, le bâtiment au Lion de l’arsenal de Brest et à l’levée de Pontaniou sont encore visibles quand on traverse le pont de Recouvrance. On voit depuis ce côté seulement un grand bâtiment en pierre avec neuf arches immenses. Mais quand on le regarde depuis le Plateau des Capucins, on peut voir les gargouilles en forme de mufles de lion qui lui donnent son nom.
TK : Petit fun fact, il a été classé monument historique en 2011.
AD : Petit fun fact, il servait à soutenir la chaussée, stocker les matériaux sur le port et faire circuler en sous-sol les eaux du vallon de Pontagnou vers le bassin du port.
TK : Ok, j’avoue, ça je ne le savais pas. Merci Anaël !
AD : De rien ! En 1808, enfin, il réalise la poudrière de l’Île des Morts…
TK : Ça y est, on y arrive.
AD : … pour stocker la poudre noire qui est alors indispensable pour les canons et les fusils de la marine. Après, son ouvrage le plus impressionnant encore debout, ça reste la prison de Pontaniou, qui est réalise entre 1805 et 1810.


TK : On ne va pas se mentir non plus, Jean-Nicolas Trouille, il n’est pas parti de rien. À l’origine, à la place de la prison, on a le Refuge de la Madeleine. Et même si le nom est plutôt charmant, c’est pas un truc sympa du tout. En 1692, la Marine décide de transformer la congrégation religieuse qui était sur place en maison de correction. Pour, je cite « les filles connues pour avoir fait commerce avec les matelots et les soldats. » Ça, ça veut dire que c’est une prison où on enferme et où on torture des TDS.
AD : Pour se donner bonne conscience, on parle de « refuge pour filles perdues ».
TK : La bonne conscience, elle s’arrête là, parce que des femmes peuvent y être enfermées sur simple dénonciation de leurs proches juste parce que leurs mœurs sont jugées trop libres. Qu’il s’agisse de jeunes femmes un peu rebelles, de veuves trop indépendantes au goût des autres ou de prostituées, même traitement. C’est l’enfermement, l’isolement forcé, la mise au fer ou même la mise en cage. Et ça va devenir le Refuge Royal de la Madeleine. Ça, jusqu’en 1782, année où le Refuge Royal prend feu. La légende veut que ça soit une détenue tout juste arrivée, une jeune veuve de marin qui avait été enfermée par son ex-beau-père, Tambour Général de la ville, qui s’appelait la Belle Tamisier… Et elle aurait promis de faire son carnaval avant de foutre le feu à la baraque depuis sa cellule.
AD : Que faire de tout ce bel espace libre, me demandez-vous ? Une prison, peut-être ? Eh ben non. En 1787, on construit d’abord une fonderie pour le port. Jean-Nicolas Trouille en parle d’ailleurs dans un de ses rapports de 1815. Enfin, il parle surtout de ses défauts. Elle est excentrée par rapport aux autres bâtiments de l’artillerie et il la trouve peu pratique. Lui, ce qu’il propose, c’est d’utiliser cet édifice, je cite, « en y installant la prison de la Marine en remplacement de celle dite de Ponaniou, qui était un sépulcre plutôt qu’une maison d’arrêt. »
TK : Ça pose quand même l’ambiance.
AD : Trouille travaille d’abord d’après les plans d’un autre architecte, Tarbé de Vauxclairs, qu’il améliore en 1805. Il témoigne de la difficulté de réhabiliter un bâtiment préexistant, mais aussi de sa satisfaction de l’avoir fait. Il nous dit « Les détenus ne seront plus entassés pêle-mêle, sans distinction d’âge, d’état ou de délit. Ils respireront un air pur et suffisant. » Alors aujourd’hui, on peut se dire « ouais, la base », sauf qu’à l’époque, c’est vraiment une nouveauté. Qu’on vole une miche de pain ou qu’on trucide toute sa famille, on est mis dans la même cellule. Les propositions de Trouille assurent plus de sécurité pour les détenus et, petit bonus, elles évitent aussi la propagation des maladies.
TK : Ensuite, pour être honnête aussi, Jean-Nicolas Trouille ne fait pas ça que par pure bonté d’âme. Il faut se rappeler que, surtout à l’époque, les prisonniers sont avant tout une main-d’œuvre qui se doit d’être efficace et bon marché. Mais pas que, en fait. Trouille a une expérience plus personnelle avec le milieu carcéral.

Sanseverino : La danse du bagne, 2016

Et maintenant ça y est
On est tous en slip
Chez les shmits du Venezuela
C’est en train de devenir un principe
Dès qu’on déboule les poulets sont là
Et allez vas y c’est encore nous qu’on embarque
Allez vas y c’est nous qu’on vient chercher
Les menottes aux poignets bien serrées
On nous emmène au bagne d’eldorado
Mais ici les matons c’est des sévères
A grands coups de nerf de bœuf c’est vison
Font régner une certaine atmosphère
D’arrogance de méfiance
De torture de lynchage
De haine et de baston
De camp de concentration

On nous lance des pioches et des pelles
Saloperie ici c’est les travaux forcés ou quoi
Des soldats en fusil nous rappellent
Qu’on est puni et qu’on va morfler


Et la spécialité c’est la justice
Ici au bagne d’eldorado
Le prévaut un salaud qui est fini à la pisse
Et sournois et parano
Il frappe sans raison
Et il tape fort le salaud
Alors je vais parler à ce fou
J’lui dis si jamais tu touches à l’un d’entre nous
Alors là t’es un homme mort
Mais ici les matons c’est des sévères
A grands coups de nerf de bœuf c’est vison
Font régner une certaine atmosphère

D’arrogance de méfiance
De torture de lynchage
De haine et de baston
De camp de concentration
Et oui quand même


Mais un miracle se produit
Le capitaine me dit gentiment
Viens là toi
Vous n’avez rien à faire ici
Vous n’avez pas commis de crime au Venezuela
Toute fois dit il
Je vais vous garder quand même
Mais leur gouvernement un jour explosa
Dans un merveilleux coup d’état
Et c’est comme ça qu’on nous libéra
La révolution nous sauva
Et c’est comme ça qu’on nous libéra

TK : Avant de construire la prison de Pontaniou, Jean-Nicolas Trouille n’a pas été que soldat et architecte. C’est un gars qui trempe dans la politique et ça va lui jouer des tours. Dans la thèse de Bruno Baron de 2012, Élite, pouvoir et vie municipale à Brest, on en apprend plus sur les liens entre Jean-Nicolas et la franc-maçonnerie. On s’en souvient, c’est un réseau qu’il a développé à l’époque du régiment de Noailles et de sa fuite de Versailles. Réseau qui lui offre opportunité de rencontres, soutiens et cooptation. Dès 1785, il rejoint la loge secondaire de Brest, les Élus de Sully. Alors pourquoi la loge secondaire ? Tout simplement parce qu’il n’a pas les moyens de rejoindre la loge la plus huppée. Néanmoins, il devient vite « vénérable », c’est-à-dire maître de la loge maçonnique. Et ça, juste un an avant la Révolution Française.
AD : Il y a beaucoup de fantasmes autour de la franc-maçonnerie. Concrètement, ça serait parti à la base de groupes d’artisans maçons anglo-saxons, situés hors des corporations, c’est-à-dire « francs », au XVIe ou XVIIe siècle. La franc-maçonnerie évolue beaucoup selon les pays et les époques auxquelles on se place, allant de groupements de défense d’intérêts professionnels aux confréries ésotériques, en passant par des espaces d’échange et de liberté intellectuelle. Dans le cas de la France au XVIIIe siècle, c’est surtout des loges, des espaces de sociabilité échappant à la censure royale. Et c’est un phénomène relativement récent, ça arrive en France vers 1725. C’est des lieux de rencontre des notables, principalement issus de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie. Elle joue un rôle de catalyseur pour cette émulation des lumières. De la Terreur à la Restauration, des mouvements complotistes accusent la franc-maçonnerie d’avoir causé la Révolution française. Et en conséquence, elle va se faire très discrète.
TK : Alors, ça n’empêche pas Jean-Nicolas Trouille d’être nommé chef de la Garde Nationale par la mairie de Brest en août 1789. Et à partir de là, il va réprimer dans le sang tout débordement dans la région de Brest. Sympa le bonhomme… Mais en août 1793, Romain Malassis est destitué de sa fonction de maire de Brest par le Comité de Sûreté Générale. Le même jour, il va écrire à Jean-Nicolas Trouille, qui se trouve alors à Paris, avons fait et faisons tous les jours tant de sacrifices pour la défense de la patrie.
Six mois plus tard… Le douze niveau en deux. Six mois plus tard, Trouille démissionne de la direction de la Légion sous pression de Jean-Bon Saint-André. Alors oui, il est gratiné celui-là. C’est un député montagnard proche de Robespierre. Jean-Nicolas est emprisonné, mais il échappe au tribunal révolutionnaire sauvé par le gong, seulement parce que le tribunal est dissous par la Convention.
AD : Il n’est pas libéré pour autant. Il va passer presque un an en prison. Et cette expérience a très probablement participé à son empathie pour les prisonniers lorsqu’il a réfléchi au projet de Pontaniou. Après ça, vous vous en doutez, il est un peu vacciné par les expériences de retournement de régime. Il refuse en avril 1795 le poste de chef de la division de la garde nationale du canton de Brest, qu’il avait pourtant réclamé.
TK : Ce qu’il ne va pas refuser, par contre, c’est le poste de député six mois plus tard, quand il est élu au Conseil des 500, c’est-à-dire l’Assemblée législative sous le directoire, l’équivalent de notre Assemblée Nationale. Là, il aurait participé en 1798 à la préservation du Château de Versailles, peut-être en souvenir de son duel sur les marches du Grand Escalier, en proposant des projets de résidence artistique dans le palais plutôt que sa destruction.
AD : Est-ce pour honorer son travail d’architecte ou d’homme politique ? Nous ne le saurons pas, car son dossier est perdu. Mais son acte de décès, le 3 août 1825, nous apprend qu’il est chevalier de la Légion d’Honneur.
TK : Pour un descendant de bergers, fils de cordonnier, notre architecte de Pontaniou est décidément un bon exemple de consécration bourgeoise au tournant du XIXe siècle.
AD : On vous laisse avec Victor Hugo, le temps d’accueillir Franck Jaclin.

Victor Hugo : Écrit après la visite d’un bagne, 1853 ?

Mise en musique : Chanson plus bifluorée, Poèmes, 2011

Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne.
Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l’école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d’une croix.
C’est dans cette ombre-là qu’ils ont trouvé le crime.
L’ignorance est la nuit qui commence l’abîme.
Où rampe la raison, l’honnêteté périt.

Dieu, le premier auteur de tout ce qu’on écrit,
A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres,
Les ailes des esprits dans les pages des livres.
Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut
Planer là-haut où l’âme en liberté se meut.
L’école est sanctuaire autant que la chapelle.
L’alphabet que l’enfant avec son doigt épelle
Contient sous chaque lettre une vertu ; le coeur
S’éclaire doucement à cette humble lueur.
Donc au petit enfant donnez le petit livre.
Marchez, la lampe en main, pour qu’il puisse vous suivre.

La nuit produit l’erreur et l’erreur l’attentat.
Faute d’enseignement, on jette dans l’état
Des hommes animaux, têtes inachevées,
Tristes instincts qui vont les prunelles crevées,
Aveugles effrayants, au regard sépulcral,
Qui marchent à tâtons dans le monde moral.
Allumons les esprits, c’est notre loi première,
Et du suif le plus vil faisons une lumière.
L’intelligence veut être ouverte ici-bas ;
Le germe a droit d’éclore ; et qui ne pense pas
Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.
Songeons-y bien, l’école en or change le cuivre,
Tandis que l’ignorance en plomb transforme l’or.

Je dis que ces voleurs possédaient un trésor,
Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ;
Je dis qu’ils ont le droit, du fond de leur misère,
De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,
Et de vous demander compte de leur esprit ;
Je dis qu’ils étaient l’homme et qu’on en fit la brute ;
Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ;
Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ;
Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés
Ont pour point de départ ce qui n’est pas leur faute ;
Pouvaient-ils s’éclairer du flambeau qu’on leur ôte ?
Ils sont les malheureux et non les ennemis.
Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ;
On a de la pensée éteint en eux la flamme :
Et la société leur a volé leur âme.

Tommy Kajl : Bonjour Franck Jaclin.
Franck Jaclin : Bonjour, merci de votre invitation.
TK : Merci d’être avec nous sur D’Outre-Tombe. Pour ceux de nos auditeurs qui ne vous connaissent pas encore, d’une certaine manière vous êtes, un peu comme notre héros du jour Jean-Nicolas Trouille, un Breton d’adoption.
FJ : Oui, parfaitement. J’ai découvert la Bretagne en vélo, en faisant un parcours, d’abord avec des amis quand j’étais ado, et puis après avec mes enfants en faisant le canal de Nantes à Brest. Et ça a été une partie de Pontivy, en fait, jusqu’à la presqu’île de Crozon. C’était un souvenir extraordinaire. J’ai encore en mémoire l’arrivée sur la presqu’île. Pour moi, c’était un souvenir ancré dans la mémoire.
TK : Et de son côté, la Bretagne, elle, elle vous a découvert dans les années 2000. C’est le moment où vous avez lancé, avec votre épouse, la réhabilitation du château de Kergroadez.
FJ : Oui, c’est tout à fait ça. Dans le prolongement de ce périple en bicyclette, ma femme et moi, nous cherchions un lieu à rénover pour faire un projet collectif. Parce que nous sommes tous les deux de familles nombreuses. Moi, j’ai habité pour des raisons familiales dans une maison avec ma maman et mes grands-parents, qui était une maison où il y avait toujours beaucoup de monde. Et c’était un rêve de pouvoir rénover un lieu où on puisse accueillir tout le monde. Et j’ai cherché un peu partout, dans différentes régions.
Et puis un jour, je suis tombé sur une annonce, « Château de Kergroadez ». Et je montre à ma femme en disant « Tu te souviens? C’est tout au bout, au bout, au bout, à la pointe du Finistère. C’est là où on avait fait notre périple pour aller jusqu’à la presqu’île de Crozon. Ça vaut un coup d’aller voir. » Et c’est comme ça que ça s’est passé. Quand nous sommes arrivés, d’abord, il pleuvait des cordes. C’était absolument trempé. Le bâtiment, il était… Vous imaginez qu’à l’époque, il y avait 250 bassines sous les toits ! C’était un peu particulier. Mais d’abord, moi, j’ai bien aimé le bâtiment. Parce qu’en fait, c’est fin XVIe, début XVIIe. C’est assez austère, c’est assez rude, entièrement en granit. C’est un bâtiment qui est défensif dans sa construction, puisque c’est juste après la guerre de la Ligue. C’est au moment de la signature de l’Édit de Nantes. Donc, ce n’est pas des souvenirs très agréables pour beaucoup de gens, en particulier en Bretagne.
Et ma femme, elle, elle a particulièrement été sensible à l’environnement nature. D’abord, parce que ce n’est pas loin de la mer. Elle m’a dit « Tu sais, près de la mer, c’est bien, parce que tes amis, ils viendront une fois. Mais s’il n’y a pas l’attractivité aussi d’un lieu où il y a la mer, etc., ils ne reviendront jamais. » Elle avait tout à fait raison, d’ailleurs. Donc, ça s’est passé comme ça. On l’a racheté en 2000. Et immédiatement, on a enlevé les barrières. On a dit aux gens, promenez-vous. Et ça a été un formidable moyen de faire connaissance avec des personnes passionnées d’histoire, de patrimoine, passionnées de nature. Et quand vous faites des rencontres, ça donne plein d’idées. Et c’est un peu comme ça que ça a débuté. On a pu faire des premières visites. Évidemment, c’était très folklore, parce que c’était quand même pas en bon état. Et puis, on a créé des animations, puis une succession d’animations. Et c’est un peu comme ça que les choses se sont succédées.

TK : De ce que j’entends, réhabiliter des lieux un peu austères et en faire des lieux de vie, d’histoire et de vie commune, c’est une histoire de longue date déjà pour vous. Et aujourd’hui vous ouvrez déjà un nouveau chapitre d’une autre maison austère : la maison d’arrêt de Pontaniou, en remportant l’appel à projets de Brest Métropole.
FJ : Oui, en fait, comment ça s’est passé ? Dans la foulée de la rénovation de Kergroadez, pendant dix ans, on a fait beaucoup d’animations. Puis, au bout de dix ans, on s’est dit, ça génère quand même un engouement de beaucoup de personnes. Il y a beaucoup de personnes qui participent aux associations. C’est pratiquement 200, 250 bénévoles. Donc, c’est quand même important. Sur des thèmes extrêmement différents. Pour que les gens y retrouvent des sujets qui les intéressent. Et vous faites se rencontrer des personnes dans un même lieu, alors qu’a priori, elles n’auraient pas grand-chose à se dire. Néanmoins, elles se retrouvent dans une thématique autour de l’histoire, ou des images, ou autour du jeu. Ça peut être très varié. Au bout de cette période, on s’est dit, il faut qu’on arrive à trouver un système économique qui pérennise l’approche.
C’est comme ça qu’on a démarré la Route des Pingouins, qui consiste à rénover des lieux un peu en déshérence du littoral, pour faire soit des gîtes d’étape. Un gîte d’étape, c’est très important. C’est un lieu où vous pouvez accueillir des gens à des prix qui sont quand même extrêmement abordables. C’est 20-25 euros la nuit, pour vous donner un ordre d’idée. C’est sûr qu’en plein été, le long du littoral, ce n’est pas classique. Et puis, des lieux exceptionnels. Je trouve que la découverte d’un parcours le long du patrimoine du littoral breton, c’est un projet qui me tenait à cœur.
Et puis, un jour, j’ai appris qu’à la prison de Pontaniou, il y avait une réflexion sur un projet de réhabilitation. C’était l’appel à manifestation d’intérêt, en fait. Et c’est sûr que moi, ce qui m’a attiré au tout départ, c’est l’idée d’avoir une même démarche que ce qu’on avait fait à Kergroadez. C’est comment, à partir d’un lieu en déshérence, pouvoir monter un projet collectif. C’est ça qui m’a intéressé. Là où je pense qu’en face, c’était plutôt des structures de promotion immobilière. Ce n’est pas ce qui m’intéressait de faire, en fait. C’était au départ cette idée du projet collectif. Or, l’enjeu dans des lieux comme Pontaniou, c’est qu’il y a un enjeu de rénovation du bâti. Mais l’enjeu fondamental, une fois que vous avez respecté le lieu, rénové le bâti, c’est qu’est-ce qui fait que les gens viennent et surtout qu’ils reviennent ? Qu’est-ce qui fait que vous créez un lieu de vie ? C’est une sort – c’est un mot qui est un peu galvaudé – mais c’est une sorte de tiers-lieu durable. Moi, c’est ça que j’ai voulu créer.

TK : C’est intéressant parce que ça rappelle, avec une toute autre dimension, bien plus contemporaine et bien plus vivante évidemment, la démarche qu’a eue Jean-Nicolas Trouille en voulant repenser la maison d’arrêt de Pontaniou. Est-ce que vous-même, vous aviez déjà entendu parler de Jean-Nicolas Trouille avant ce projet de Pontaniou : une ouverture sur la ville ?
FJ : Non, je ne connaissais pas. Ce sur lequel j’avais échangé avec les uns et les autres à l’élaboration du projet, ce n’était pas tant l’individu, c’était la réflexion constructive, en fait. Il faut imaginer que Pontaniou, au départ, c’est une fonderie.
TK : Tout à fait.
FJ : Et s’est posée la question de bâtir un lieu qui intègre des points importants, de luminosité, d’ouverture. On ne peut pas utiliser le mot « ouverture » dans le cas d’une prison, mais en tout cas, c’est d’ouvrir le lieu à la lumière. C’était aussi des réflexions sur l’ensemble de l’aération parce que c’est des lieux aussi où il y a de l’humidité. Et ça, moi, je trouvais que c’était très intéressant. Lorsque j’ai fait la première visite du bâtiment, ce qui m’a frappé, en fait, d’une part, c’est un bâtiment qui est extrêmement équilibré. C’est-à-dire c’est un bâtiment, quand on le regarde de l’extérieur, c’est un très beau bâtiment. Évidemment, c’est un peu ingrat aujourd’hui parce qu’il est abîmé, parce que les couleurs initiales n’y sont plus, etc. Mais ça, c’était le premier point.
Le deuxième point, c’était, quand vous êtes à l’intérieur du bâtiment – je fais abstraction du fait que ce soit chargé d’histoire, que ce soit chargé de souffrance, ça, on s’en doute bien – mais en particulier quand vous montez au premier étage, vous avez cet immense couloir qui distribue les cellules. Au R2, c’est la même chose, sachant que là, vous avez une ouverture des deux côtés du couloir, donc c’est déjà beaucoup plus lumineux. Au fur et à mesure que vous montez, ça s’éclaircit considérablement. Un autre point, moi, qui m’avait marqué, c’est que la partie du rez-de-chaussée et la partie du premier étage sont des structures avec une extrême prégnance de granit. Et le granit, à Kergroadez, c’est ce qu’il y a. Donc on retrouve le même granit, en fait. Enfin, à peu de choses près, c’est le même granit. Et ça, moi, ça m’a parlé.
Je me suis dit « si on peut arriver à rénover un bâtiment comme celui-là, en respectant sa structure, c’est une belle histoire ». Je pense qu’il y a ce chemin de crête, en quelque sorte, qui consiste à dire « Comment vous respectez le passé ? Comment vous respectez cette question de l’histoire du lieu, de ce qui s’est passé ? » Et moi, j’ai beaucoup échangé avec des associations, notamment des historiens, l’association Histoire de Pontaniou, qui m’ont fort gentiment accueilli, en fait, pour échanger.
TK : Association qu’on salue chaleureusement et qu’on remercie d’ailleurs pour tout le travail de préservation historique extraordinaire qu’ils font autour de la prison de Pontaniou.
FJ : Oui, et puis c’est passionnant. Moi, je trouve que c’est comme ça que se font les beaux projets. Et on s’est retrouvés sur tous ces sujets. C’est comment on intègre cette dimension mémorielle. Et sur ce chemin de crête, vous avez d’un côté cette partie-là et de l’autre, comment vous inscrivez aussi le bâtiment dans le XXIe siècle ? Comment vous regardez devant avec des bâtiments de cette nature ? Et c’est pour ça que l’idée du projet très collectif, d’abord, ça parle aux Brestois. Il faut quand même bien avoir ça en tête. Moi qui suis Ch’ti, je suis assez objectif pour regarder ça.
Je vois comment se passe la façon de fonctionner des Bretons, en tout cas dans le Finistère. Et cette dimension de bâtir ensemble des projets, d’être respectueux de ce que pense l’autre, et néanmoins de bâtir tous ensemble des choses qu’individuellement on n’arriverait pas à faire, moi c’est ça qui me parle. Et c’est ça que j’ai essayé de bâtir en fait, en répondant sur l’appel à manifestation d’intérêt de Pontaniou. Donc, vous voyez, cette combinaison qui est l’intérêt porté sur la structure du bâtiment, la façon de bâtir un projet collectif, le respect de la mémoire, et puis que tous ensemble on se dise, maintenant on est au XXIe siècle, comment on bâtit quelque chose dans le fonctionnement du lieu pour que ce soit pas systématiquement un regard sur le passé. Que ça le respecte, mais que ça projette aussi le bâtiment dans l’avenir. Moi, le challenge c’était ça, ça qui me passionne.

AD : Et la question du patrimoine, c’est un élément central de vos actions, on l’entend bien. Comment elle s’est forgée, votre conception de sa préservation ?
FJ : Déjà, il y a une première donnée fondamentale, c’est que nous on fait forcément de la réhabilitation dans nos démarches. Parce que moi, ce que je trouve dommage, en quelque sorte, c’est un peu ce qui m’a animé dans l’idée de la Route des Pingouins, c’est qu’il y a quand même le long du littoral, beaucoup de bâtiments en déshérence. Et il y a une prise de conscience de la collectivité qui est de dire « effectivement, ça peut être vendu et devenir des apparts de luxe, machin, etc. » Mais fondamentalement, c’est pas ça la création de valeurs collectives.
C’est que ces bâtiments, si on peut leur donner une nouvelle vie, si on peut coupler le fait qu’ils soient ouverts à l’année, le fait que ça crée de l’emploi, le fait que ça génère un ancrage local, que ça fasse travailler des gens tout autour, c’est ça qui est fondamental. Moi, je pense qu’il existe une économie possible qui permette de donner une nouvelle vie à ces lieux et surtout, ça évite que tout se transforme en, comment dire, en des opérations de promotion immobilière. Évidemment, ça s’imbrique aussi dans les réflexions sur, du coup, si ces lieux créent de l’emploi, ça peut aussi fixer des gens qui souhaitent y travailler à l’année. Donc, comment se passe dans ce cas-là la possibilité de se loger ? Toutes les choses s’imbriquent, ça contribue à l’économie d’un village ou d’une ville.

James Carter & the Prisoners : Po’ Lazarus, 1959 (extrait 1)

Well, the high sheriff
He told his deputy
Want you go out and bring me Lazarus
Well, the high sheriff
Told his deputy
I want you go out and bring me Lazarus

Anaël Durand : Vous nous aviez parlé de l’éclairage, de l’ouverture du lieu, de la question de l’aération, de la circulation. Quelles sont les plus grosses difficultés dans la réhabilitation des bâtiments de la prison ?
Franck Jaclin : D’abord, c’est l’ampleur du projet. C’est quand même un bâtiment important. On ne peut pas raisonner comme une maison en ruine. Ce n’est pas la même approche, ce n’est pas le même process. Vous avez des réflexions préalables avec les bureaux d’études qui sont forcément importantes. Vous avez des dimensions désamiantage. Après, quand vous voulez inscrire un bâtiment dans son avenir, il faut aussi un geste architectural qui permette de respecter le lieu, mais qui lui donne aussi une certaine tonicité. Nous, on est à cette étape-là. C’est ce qui va être enclenché, notamment dans les échanges avec l’architecte des Bâtiments de France.
AD : Comment se passent les échanges avec l’architecte des Bâtiments de France sur un projet aussi important ?
FJ : Il y a plusieurs étapes. La première, c’est quand vous réfléchissez à un projet très en amont, vous sollicitez un rendez-vous pour avoir son sentiment, voir si on ne fait pas fausse route, si on n’est pas passé à côté de quelque chose qui serait une évidence et que l’on n’aurait pas perçu. Donc, nous, très en amont, on échange avec l’architecte des Bâtiments de France parce qu’on pense que c’est la démarche la plus constructive et on a une écoute sur ces sujets. Les échanges ne sont pas terminés puisqu’on a des réflexions à poursuivre sur la toiture, par exemple. Donc, pour moi, l’architecte des Bâtiments de France ce n’est pas un censeur, c’est quelqu’un qui contribue à la réflexion et il faut que les points de vue des uns et des autres soient respectés. Il y a forcément un chemin intéressant à trouver.
Par ailleurs comme moi, depuis 25 ans maintenant, je travaille sur la rénovation d’un monument historique, cette réflexion soit avec l’architecte des Bâtiments de France soit avec l’architecte en chef des Monuments Historiques, ça nous parle. Ça ne me paraît pas un problème, ça me paraît une chose logique. Ça se passe toujours très bien. Les échanges sont toujours très constructifs.
TK : Alors, vous l’avez dit justement, c’est vrai que c’est une architecture remarquable qui domine la Penfeld, qui est chargée d’une histoire et d’une mémoire qui n’est pas toujours évidente. Dans ce projet tourné vers l’avenir, comment est-ce que vous envisagez d’inscrire l’aspect mémoriel dans l’avenir du lieu ?
FJ : C’est un sujet très intéressant. Comment on parcourt en fait cette réflexion qui consiste à dire « le lieu est chargé d’histoire, mais je veux l’inscrire dans l’avenir. » Moi, j’ai eu beaucoup d’échanges sur ce sujet. En particulier avec l’association Histoire de Pontaniou, qui sont des gens que moi j’aime bien, que je trouve très intéressants, qui se sont mobilisés pour le devenir du site, dans lequel il y a des personnes qui sont passionnées d’histoire, érudites. Donc c’était très intéressant.
Il faut faire des rencontres, il faut parler, il faut échanger, il faut respecter le point de vue de l’autre. Voilà, sinon on ne fait pas des projets collectifs. Ce qui me tenait à cœur, en fait, c’était comment avoir une dimension un peu de sanctuarisation du lieu sans que ça devienne un musée. Si c’est juste pour regarder un lieu, mettre une glace devant, et juste dire, voilà ce qui s’est passé, c’est complètement figé, je pense que les gens viennent une fois et ne reviennent pas. Ce n’est pas ça qui crée un lieu de vie.
Et alors c’est très péremptoire ce que je dis, j’essaye de traduire, moi, mon sentiment, c’est qu’il y a d’autres moyens aussi de faire passer des messages. Et on a essayé de trouver plusieurs déclinaisons. La première, c’est qu’il y a des lieux exceptionnels, en fait, dans la prison, qui doivent être mis en exergue parce que ça contribuait de façon importante à la vie du lieu. Par exemple, un cachot, la guitoune de contrôle des prisonniers lorsqu’ils sont dans la cour, le lieu par lequel les personnes entraient pour rendre visite. Ça, ce sont des lieux assez emblématiques. Et on n’est pas obligé d’en parler forcément en rendant tout inaccessible. Mais je pense que ça, ça doit être un témoignage.
Ça, c’était une première approche. La deuxième, c’est que dès le départ, moi, je souhaitais que ce soit un lieu qui soit ouvert à tout le monde et qu’on n’ait pas à payer pour y entrer. Et que plus on peut déambuler dans le lieu, plus on respire, en fait, ce qu’était le lieu, plus la mémoire travaille. Et il y a là un élément emblématique dans ce lieu qui est la cage d’escalier. Il y a une magnifique cage d’escalier qui, évidemment, pose des problèmes de sécurité si c’est le seul lieu de distribution. Mais on s’est dit, si à chaque palier on peut introduire une dimension mémorielle, ça fait un parcours en quelque sorte. Donc ça, c’était un deuxième élément. C’est-à-dire un élément plus dynamique. Et on peut faire évoluer la façon d’exprimer les messages à chaque palier.
Et puis, le troisième élément… et là, très franchement, je pensais que j’avais un risque de me faire éclater en en parlant à l’association Histoire de Pontaniou. Je me suis dit, si on veut ancrer des choses dans la mémoire des gens, le meilleur moyen c’est qu’ils soient acteurs de cette compréhension. Et non pas juste lecteurs. Quand vous participez à quelque chose, vous retenez d’autant plus. Or, il y a un étage, qui va être un étage d’animation où l’on va faire des escape games, des enquêtes policières, des murder parties, etc. Évidemment, un escape game dans une prison, vous imaginez. Et donc, je leur ai posé la question en disant « qu’est-ce que vous pensez du fait que la première escape game ça retrace un élément important de la vie de la prison ? » Et tout de suite, ils m’ont dit : « l’évasion des prisonniers au cours de la Seconde Guerre. »
Donc, ça veut dire que si vous créez un escape game et que le contenu de l’escape game se rapporte à ça, je vous garantis que quand vous avez des ados qui font cet escape game, l’aspect mémoriel, il est beaucoup plus puissant que la lecture d’une plaque ou le fait d’être passé devant un lieu qui est protégé par une glace. Et donc, ce que j’ai essayé de faire, c’est de combiner ces trois éléments qui respectent aussi la façon de chacun d’intégrer un savoir en quelque sorte, de se rapprocher d’un fait pour qu’il soit mémorisé. Et à ce moment-là, les membres de l’association m’ont dit « mais ça c’est super ! » Et je me suis dit, on va faire tous ensemble des choses tout à fait étonnantes si on arrive à combiner ces trois éléments-là. C’était un challenge intéressant et c’est là-dessus qu’on travaille en fait aujourd’hui.

TK : Et bien, nous en sommes absolument convaincus aussi. Le jeu, le vivant, l’interaction est le meilleur moyen de transmettre. Merci encore, Franck Jaclin, pour tous ces éclairages sur le futur de la maison d’arrêt de Pontaniou dont nous avons vu le passé tout à l’heure. Un dernier mot pour la fin ?
FJ : Eh bien, écoutez, moi je suis ravi de pouvoir partager ça. Toutes les personnes intéressées par le sujet sont les bienvenues. La Métropole est en train de préparer une convention avec nous pour qu’on puisse le plus vite possible organiser des visites régulières du lieu, parce qu’il y a une demande importante des Brestois de pouvoir découvrir le lieu. Et je voudrais qu’on monte des visites « le lieu avant, le lieu pendant, le lieu après. » Et que ce soit une façon pour les Brestois de s’approprier le lieu. C’est aussi une façon de faire des rencontres. Quand vous organisez des visites, vous parlez avec les personnes et quand vous parlez avec les personnes, jaillissent des idées auxquelles on n’aurait pas forcément pensé et qui permettent de faire des choses tous ensemble. Donc ça, c’est ce que je voudrais qu’on lance dans les prochaines semaines.
AD : Encore une fois, un grand merci pour votre intervention. On ne peut que souhaiter beaucoup de succès pour ce beau projet.

James Carter & the Prisoners : Po’ Lazarus, 1959 (extrait 2)

And then the high sheriff, he shot Lazarus
Well, he shot him mighty big number
Well the high sheriff, shot Lazarus
Well he shot him with a mighty big number
With a forty five
Lawd, Lawd
With a forty five
Well then they take old Lazarus
Yes they laid him on the commissary gallery


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